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1 - Le projet fondateur et sa préparation concrète

Le monastère a été fondé par l'Abbaye cistercienne -Trappiste de ND des Gardes en Maine-&-Loire en 1969-1970.


En 1960, cette communauté avait fondé au Bénin en y envoyant 12 sœurs. Huit ans plus tard, cette même communauté comprenait encore plus de 60 moniales avec un recrutement exceptionnel et soutenu et une moyenne d'âge plutôt basse. Cela permettait de songer à une nouvelle fondation. En réalité, la pensée d'un monastère à signification œcuménique existait depuis quelques années déjà.

Depuis de longues années en effet, certaines sœurs orientaient leur prière de façon particulière vers l'Unité des Chrétiens. Dès 1938 une eucharistie était célébrée chaque mois à cette intention.

Entre 1947 et 1952, l'une des sœurs (devenue Abbesse ensuite) était en relation épistolaire avec l'Abbé Paul Couturier, l'un des pionniers catholiques, plus rare alors que du côté protestant.

L'origine de la fondation d'Anduze a donc des racines lointaines dans le cheminement personnel de Mère Marie de la Trinité Kervingant qui fut Abbesse de 1957 à 1979. Elle était habité dès son adolescence et son engagement religieux (elle fut d'abord Ursuline) par la souffrance des divisions de l'Eglise, et un désir ardent de travailler à son unité. Elle a écrit un livre sur la vie de Maria Gabriella, jeune moniale italienne, qui a donné sa vie pour l'Unité. Dans cet ouvrage, il y a plus qu'une biographie.

Ces divers facteurs étant rassemblés ont contribué à ce que la communauté soit pour ainsi dire, à pied d'œuvre en 1968 pour fonder une maison de prière motivée en ce sens. Un petit groupe se réunissait déjà pour lire la Bible en y relevant des passages qui pouvaient éclairer cet appel de Dieu.

Les 7 jeunes religieuses désignées se préparèrent avec leur Abbesse et la communauté, pour répondre à ce qu'il leur semblait un besoin d'Eglise.

Il me semble important de souligner ici la correspondance de ce moment avec l'événement du Concile Vatican II et particulièrement du Décret sur l' œcuménisme dont les lignes maîtresses ne faisaient qu'émerger lentement. Mais qui encourageait les fidèles catholiques a reconnaître les signes des temps et à prendre une part active à l'effort œcuménique. Cela n'avait pas toujours été le cas auparavant; il s'en faut de beaucoup. Le Père Yves Congar dans son journal du Concile, dit que le but du Concile  "même s'il devait en aller plus largement' a été la mise à jour de l'Eglise catholique elle-même et d'autre part sa relation avec les autres confessions chrétiennes.

Mais je crois que Mère Marie Trinité Kervingant n'avait pas attendu Vatican II pour le penser et le mettre en pratique.  Elle était aussi en relation suivie avec le Père Pierre Michalon, disciple de l'Abbé Couturier, et responsable du Centre Unité Chrétienne de Lyon.

Moi-même, suis entrée à ND des Gardes en 1960, et ma prise d'habit en octobre de cette même année a été précédée par la retraite donnée par le Père Michalon sur le Corps mystique du Christ.  Mes vœux temporaires en avril 1962 et l'engagement définitif en avril 1965 me situe d'emblée en pleine époque du Concile, avec sa nouveauté, mais sans en réaliser vraiment l'importance. Tout ceci est une parenthèse que je prolonge un peu :

La base du projet reposait sur l'idée qu'une présence de prière contemplative, sans déploiement d'activités extérieures, pouvait être stimulée dans un esprit de regrets douloureux, dans une région marquée fortement par les divisions et les violences exercées contre la liberté de conscience et la foi profonde des protestants.

Nous savions, ou nous avons appris que c'était le cas particulièrement dans le Gard et que le Musée du Désert était un lieu qui en témoignait.

Au départ nous n'étions peut-être pas tout à fait conscientes de ce que cela représentait, tout en acceptant d'avance de n'être pas d'emblée comprises dans nos intentions. Nous ne voulions pas provoquer mais communier.

Or ceci passe par une conversion au quotidien pour reconnaître les valeurs chrétiennes développées et transmises par des frères et sœurs chrétiens différents, et que nous acceptions d'en recevoir un ressourcement en reconnaissant que nous n'avons pas toute la vérité, ni toute la science.

 

2 – La réalisation au Mas de Cabanoule : des rencontres et des faits

Mais revenons à l'histoire de la réalisation concrète au mas de Cabanoule.

Une fois obtenu  l'accord des autorités du côté catholique : celui de l'Evêque d'Angers et du Cardinal Martin, alors Archevêque de Rouen et président du Comité pour l'Unité des Chrétiens, commencèrent les premières démarches dans le Gard. L'Evêque de Nîmes, Mgr Rouget, accueillit favorablement le projet lors d'une rencontre du 18 juin 1968.

Restait la chose la plus importante : le contact avec les responsables protestants de la région. C'est le 18 octobre 1968 qu'eut lieu la première rencontre de l'Abbé de Bellefontaine, Dom Emmanuel Coutant et de la Mère Abbesse avec le Pasteur Paul Bastian, alors président de la Dixième Région de l'Eglise Réformée de France à Saint Jean du Gard. Le Pasteur Bastian était dans son presbytère en conversation avec le curé d'Anduze, le Père René Blache. Pendant que la Mère Supérieure exposait son projet, l'un et l'autre montrèrent plutôt de la réserve et de la déficience, craignant une perturbation dans la région plutôt qu'une action positive en faveur de l'œcuménisme. Cependant, au fur et à mesure de l'échange la compréhension s'éclairait. Mère Kervingant sortit alors une lettre de l'Abbé Couturier  reçue par elle, qui racontait la vie et la mort d'une Madame Fortier, amie protestante de l'Abbé et fille spirituelle du Pasteur Wilfrid Monod. Elle avait offert sa vie à l'Unité et était décédée en 1944 dans sa maison de Tornac qui était un ancien monastère.  Après le long silence qui suivit, le Pasteur Bastian s'est écrié : " L'Esprit Saint est là, on ne peut pas le contrister!"

Les conditions prévues lui semblèrent  heureuses. Une discrète maison de prière, sans activités apostoliques, ouverte à tous; les sœurs vivant du travail de leurs mains et du partage des offices liturgiques, selon l'esprit de Cîteaux qui est une réforme issue de l'Ordre Bénédictin au 12ème siècle, donc antérieure aux divisions des 16 et 17ème siècles

Un Mas avait été repéré, disponible sur la commune d'Anduze. Ce lieu suscita d'abord des réticences de la part et du Pasteur et du Curé, au moins pour l'immédiat, comme pouvant provoquer des perturbations. D'autant que l'Eglise Réformée de France n'était pas implantée à  Anduze tout en étant proche.



Les bâtiments à l'origine

La Mère Abbesse se déclara disposée à attendre deux ou trois ans. Mais ce fut le Pasteur qui, soudain, coupa court : "non! dit-il, on ne peut pas attendre, l'Esprit Saint est là, et veut cette fondation." Il faut dire d'ailleurs, que Paul Bastian avait en lui déjà, une sorte de sympathie pour la vie monastique et fut donc heureusement surpris de ce projet inattendu qui répondait à son attirance.

Il convenait cependant, avant toute décision de prendre contact avec les pasteurs des communautés ecclésiales présentes à Anduze. C'est ce qui se fit dès le mois de novembre suivant au moment de leur rencontre annuelle.  Le pasteur Charbonnier de Lézan qui était en second pour la Xème région et chargé alors de l'œcuménisme pour le Gard, envoya une lettre au pasteur Hébert Roux alors responsable à la Fédération Protestante de France pour les relations avec les catholiques. Il lui donnait un compte-rendu de ces rencontres et expliquait les grandes lignes du projet.

Le Pasteur Bastian reçut une réponse positive du   Pasteur Roux. Quelques jours plus tard, à la suite d'une réunion de la commission œcuménique de la Xème région, le Pasteur Bastian put écrire à la Mère Abbesse : « Hier (10 nov. 1968) la Commission s'est réjouie de votre implantation en Cévennes, et a donné "le feu vert". » Nous avions aussi contacté un pasteur du Temple d'Anduze, Mr Guelfucci.


Les premiers travaux



La ferme-magnanerie de Cabanoule fut alors acheté en juillet de cette année là, 1969.

Je souligne, entre parenthèse, que nous n'avions pas d'emblée choisi Anduze. C'est le fait d'y avoir trouvé un espace et des bâtiments qui convenaient. Mais les voies de Dieu passent par des faits concrets.

Dès le mois de septembre 1969, le 8 exactement, un premier groupe de 3 sœurs est arrivé à Anduze. (J'en étais). Quelques ouvriers de la maison fondatrice, les accompagnaient et les travaux d'aménagement purent commencer. Un second groupe de 3 sœurs arrivées en remplacement en janvier 1970, avec un aumônier, put habiter dès ce moment dans quelques pièces aménagées sommairement, et une chapelle provisoire.

Enfin, c'est en avril 1970 que le groupe entier des 7 sœurs commença la vie communautaire. Le dimanche 19 avril, dimanche du Bon Pasteur, 2ème de Pâques, eut lieu l'inauguration officielle en présence de Mgr Rougé, de plusieurs Abbés Cisterciens, de quelques Pasteurs et du Père Michalon. Ainsi qu'une quarantaine d'amis catholiques et protestants. Le Père Pierre Kopel, orthodoxe, habitant non loin fut également présent.

La vie régulière du petit groupe prit alors son essor. Les sept offices de prière furent fidèlement célébrés. Et toutes les activités se mirent en place.

- Les joies et les peines ne manquèrent pas de se succéder. Nous avions tout à innover dans un cadre encore peu structuré.

Vivre à 7 ou 8 dans ces conditions encore précaires, n'est pas la même chose que de le faire à plus de 60 dans un grand monastère. Le coude à coude se fait plus exigeant… Cela se répercuta aussi sur le plan des rapports avec la maison fondatrice. Un souffle d'après Concile et de mai 68 étant inconsciemment  présent dans les jeunes sœurs fondatrices, sorties du nid.

L'équipe des jeunes soeurs fondatrices s'étoffe... 



Notre chance était d'avoir été bien formées pour vivre les valeurs monastiques essentielles, dans un cadre bien différent et plus porteur d'innovation. Néanmoins la communauté resta fidèle aux prières communautaires et privée, aux temps de lecture sainte, de travail, de réunion en chapitre, etc…

L'élaboration de la liturgie en français qui débutait seulement, demandait particulièrement bien du travail, avec assez peu de moyens.

Nous devions aussi vivre du travail de nos mains ; poulailler, poterie, jardin, rucher… Ce simple fait fut un bon facteur de témoignage d'une vie partagée avec le voisinage. Nous avons appris bien concrètement les relations d'estime réciproque avec les voisins protestants : des artisans maçons, des apiculteurs, des éleveurs de chèvres, des pépiniéristes pour planter du lavandin, etc… Un couple âgé méthodiste venait tailler la ville ou proposait une cueillette d'haricots verts et d'olives dans leur jardin. Certains nous dirent aussi leur joie de voir au loin la lumière de la chapelle : "Vous êtes des sœurs qui travaillent, qui font revivre la terre, mais aussi nous savons que vous priez".


Un peu plus tard, un groupe de lecture et d'études bibliques œcuménique se rassembla à Cabanoule avec la participation de quelques sœurs.

Il fallut aussi constituer une Association donnant droit de propriété sur le Domaine. Cette modeste Association appelée "Amitiés chrétiennes" permit d'unir quelques personnes catholiques et protestantes pour une sympathique réunion annuelle, durant de nombreuses années

 

3 – L’évolution au cours des années

Quoique brièvement, il me faut avancer maintenant plus profondément, au cœur même de notre appel, là où retentit la prière du Christ Jésus, en Jean 17 : "Père, qu'ils soient Un, comme nous sommes un, afin que le monde croie que tu m'as envoyé".

L'unification des Eglises, qui est en recherche d'union, dans une certaine différence, passe par l'unification intérieure de chacun, de chacune. C'est un chemin pascal qui ne peut se faire que par l'Esprit  du Père et du Fils.

En 1979, au jour de l'autonomie de la communauté, Mgr Jean Cadilhac, nous a rappelé que nous avions mission de "donner chair, ici, à la prière de Jésus pour l'unité des siens". Cela passe par la conversion personnelle et la patiente construction communautaire, toujours à poursuivre…

Pour cela nous devions être "à l'écoute de ce que l'Esprit dit aux Eglises" tant en encouragements positifs qu'en blâmes pédagogiques parfois.

Nous avons creusé aux sources monastiques, nous avons puisé la sève forte des Pères du Désert et des Père de l'Eglise. Ce sont en somme celles de l'Eglise indivise tant celle de l'Orient que celle de l'Occident. Nous avons mieux pu percevoir l'émergence de l'ecclésiologie de communion présente dans toutes les Confessions, mais mises en relief dans l'Eglise catholique davantage depuis Vatican II et son développement au  Synode de réception en 1985; ainsi qu'au Conseil œcuménique des Eglises (5ème conférence mondiale de Foi et Constitution à St Jacques de Compostelle en 1993).

La vie monastique, nous le croyons, a seulement à se tenir au cœur de l'Eglise-communion par la grâce de l'Esprit.

L'une d'entre nous, Sr Monique Simon, a mis cela en relief dans un ouvrage édité au Cerf en 1997 : "La vie monastique, lieu œcuménique au cœur de l'Eglise-communion". Elle y souligne que cette forme de vie, par ses racines se veut un Evangile vécu au désert; un lieu source dès les premiers siècles. Les facteurs en sont : le silence, l'écoute de la Parole dans la prière qui met en présence et de Dieu et des autres priants; la purification du cœur dans la simplicité de vie et la mis en commun des biens.

Toute prière est œcuménique, parce qu'en Dieu, nous y devenons des vases communicants. Tant la prière du cœur que celle qui est publique. Celle-ci se fait ici ou là avec les mêmes lectures bibliques et les mêmes psaumes qui sont Parole de Dieu pour tous dans la variété des usages.

Une même grâce est à l'œuvre qui nous porte à la rencontre les uns des autres, dans une véritable émulation spirituelle.

Des liens profonds nous unissent particulièrement aux communautés de Pomeyrol, de Reuilly à Versailles et au Moustier-St Voy en Haute Loire, et de Grandchamp, ainsi que de St Loup en Suisse, et les Diaconesses d'Alsace aussi.

Nous avons vécu deux retraites partagées avec les sœurs de Pomeyrol, l'une en 1992, avec le Père Damien Sicard, expert au Concile, l'autre en 1998 avec le Pasteur Gérard Siegwald de Strasbourg, théologien et écrivain. D'autres rencontres ont eu lieu en dehors des retraites … au fil des années. Une célébration liturgique radio diffusée eut lieu, ensemble, en janvier 2003.

De profondes relations aussi avec la maison d'accueil et de retraite des Abeillères près de st Jean du Gard, si proche. Commencée avec les sœurs de Pomeyrol et continuée avec le Pasteur Daniel Bourguet et les Veilleurs; mise en acte entre autre de temps en temps, par des marches œcuméniques qui ont lieu d'une maison à l'autre et qui se poursuivent parfois jusqu'à deux lieux monastiques orthodoxes : le Skite Ste Foy et le monastère de Solan, marches silencieuses et priantes; il y a aussi l’Association St Silouane et des rencontres avec le Père Placide Deseille du Monastère orthodoxe St Antoine en Isère, en avril 2007 qui nous a ouvert à St Isaac le Syrien.

En 1995, la Paix-Dieu a fêté discrètement le 25ème anniversaire de sa fondation et en 2010 encore, les 40 ans. La communauté a rendu grâce pour l'accueil et l'enracinement dans le pays cévenol, pour les relations de plus en plus nombreuses et fécondes, les liens d'amitié et de communion, pour les hôtes nombreux, dont quelques uns sont des protestants, tous accueillis avec leurs désirs de ressourcement spirituel, de réflexion, de paix, de partage des offices liturgiques. Parfois des groupes de jeunes catéchumènes venus de Suisse avec leur Pasteurs, des groupes de paroissiens protestants de Nîmes et de Montpellier.

Nous rendons grâce aussi au Seigneur d'avoir suscité un bon groupe de frères et sœurs laïcs cisterciens, associés à la communauté et pour leurs présence aidante. Tout cela nous fait vivre, malgré le vieillissement et la précarité, portés néanmoins dans l'espérance quotidienne.